La dysbiose et la perméabilité intestinale pourraient être impliquées dans les formes graves de Covid-19

mitochondrie

Ma propre aventure avec le Covid-19 et mon expérience professionnelle avec des patients atteints de formes persistantes de Covid m’ont amené à penser qu’il pouvait y avoir un lien sérieux entre le Covid long et l’écosystème intestinal et notamment la dysbiose, la porosité intestinale et d’éventuelles hypersensibilités alimentaires. Je décrit ma propre expérience avec le Covid-19 et les symptômes liés au Covid long dans cet autre article de blog Et si votre Covid long était lié à vos intestins ?

Quand on recherche le lien entre le Covid long et le leaky gut sur PubMed, on ne trouve évidemment rien puisqu’avoir une vision intégrative du système immunitaire n’est pas encore un prérequis pour devenir médecin ou chercheur en immunologie, infectiologie ou épidémiologie…

Il y a tout de même quelques articles qui décrivent un lien entre Covid-19 sévère et dysbiose intestinale ou porosité intestinale. Les deux articles que je décris ci-dessous concerne donc plutôt le lien entre la dysbiose, l’intestin poreux et les formes graves de Covid.  Je présente un autre article sur mon blog Et si la lymphopénie observée dans les formes graves de Covid-19 était liée à l’intestin qui décrit le lien entre la lymphopénie observée dans les formes graves de Covid-19 et l’intestin perméable.

Est-ce que la dysbiose et la perméabilité intestinale affectent la gravité du COVID-19 ?

En tout cas, c’est l’avis de certains scientifique dont Heenam Stanley Kim de l’université de Séoul en Corée du sud qui travaille dans la division des Biosystems & Sciences Biomédicales et qui a cosigné un article de revue « Do an Altered Gut Microbiota and an Associated Leaky Gut Affect COVID-19 Severity ? », publié par la société américaine de microbiologie dont voici ci-dessous le résumé traduit en français :

« La maladie à coronavirus 2019 (COVID-19), qui a été déclarée pandémie, a présenté un large éventail de gravité dans le monde. Bien que cette variation mondiale soit largement affectée par les situations socio-médicales dans chaque pays, il existe également une forte variation au niveau individuel attribuable à la vieillesse et à certaines conditions médicales sous-jacentes, notamment l’hypertension artérielle, le diabète et l’obésité.

Étant donné que la vieillesse et les affections chroniques susmentionnées sont souvent associées à un microbiote intestinal altéré, entraînant une perturbation de l’intégrité de la barrière intestinale, et que les symptômes intestinaux ont toujours été associés à une maladie plus grave chez les patients COVID-19, il est possible que le dysfonctionnement de l’intestin comme un ensemble influence la gravité du COVID-19.

Cet article résume les preuves accumulées qui soutiennent l’hypothèse selon laquelle une modification du microbiote intestinal et la perméabilité intestinale associée peut contribuer à l’apparition de symptômes gastro-intestinaux et parfois à des complications multi organiques supplémentaires pouvant entraîner une maladie grave en permettant la fuite du coronavirus dans le système circulatoire. »

Dans la figure ci-dessous, issue de cet article, l’auteur y présente son modèle.

Covid 19 et complications pulmonaires

« Modèle de pathogenèse COVID-19 conduisant à des complications extra pulmonaires. Les infections localisées par le SRAS-CoV-2 commencent principalement dans le système respiratoire et progressent ensuite vers le tractus gastro-intestinal ; ils peuvent ensuite évoluer vers une maladie systémique, entraînant des complications multi-organes. L’intégrité de la barrière intestinale perturbée associée à la vieillesse ou à des conditions chroniques sous-jacentes, telles que l’hypertension, le diabète et l’obésité, peut être un effecteur crucial qui permet au virus d’accéder à l’ACE2 sur les entérocytes et de s’échapper du tractus gastro-intestinal pour se propager dans tout le corps. Si le SRAS-CoV-2 pénètre dans la barrière intestinale, il peut provoquer une inflammation due à des réponses immunitaires trop réactives qui augmentent ainsi encore la perméabilité de l’intestin. En revanche, dans un tube digestif sain avec un nombre plus élevé de cellules Treg en raison de leur activation par le butyrate, comme chez les jeunes enfants en bonne santé, le virus peut être contenu dans le tube digestif et excrété dans les selles sans représenter une menace considérable pour les autres organes du corps. »

L’auteur conclue son article de revue par :

« Un modèle fort est apparu chez les patients atteints de COVID-19 sévère, car beaucoup d’entre eux sont soit des personnes âgées, soit souffrant de certaines conditions médicales sous-jacentes qui peuvent être associées à une altération du microbiote intestinal. Une telle dysbiose du microbiote intestinal peut être associée à une altération de l’intégrité de la barrière intestinale, ce qui peut permettre au SRAS-CoV-2 d’accéder aux entérocytes autrement bien protégés et de pénétrer dans la circulation sanguine et infecter les organes internes exprimant l’ACE2.

Si c’est ce qui se passe dans les cas graves de cette maladie qui présentent un dysfonctionnement extra pulmonaire multi organique, le dépistage d’une porosité intestinale et des charges virales fécales et plasmatiques sera d’une grande valeur pour un pronostic plus précis, en particulier pour les personnes susceptibles d’avoir des microbiotes intestinaux modifiés.  »

Nouvelles perspectives sur la physiopathologie du COVID-19: maladies gastro-intestinales associées au SRAS-CoV-2

Un autre article intitulé « New Insights Into the Physiopathology of COVID-19: SARS-CoV-2-Associated Gastrointestinal Illness », est très récemment sorti du chaudron de notre célèbre infectiologue marseillais, le Professeur Didier Raoult1 cosigné avec Christian A. Devaux de l’équipe de l’institut IHU-Méditerranée Infection, Marseille, France IHU-Méditerranée Infection, Marseille, France

Après une entrée en matière faisant le lien entre les symptômes gastro-intestinaux lié au SARS-COV-2 et l’écosystème intestinal, notamment la dysbiose, la perméabilité intestinale et l’endotoxémie,

« Bien que les symptômes intestinaux associés à l’infection par le SRAS-CoV-2 puissent être dus à une infection directe de l’épithélium intestinal, ils peuvent également être dus à une diminution des défenses antibactériennes, une diminution de la diversité du microbiote, une augmentation de la perméabilité de la barrière intestinale, une translocation bactérienne et / ou une fuite systémique d’endotoxines. »

l’auteur  avoue l’existence d’un axe intestin-poumon dont j’ai parlé dans le blog « Comment vos intestins vont venir au secours de vos poumons dans la Covid-19 » ainsi que dans mon livre « Réinventons notre immunité « sur le chapitre sur la Covid-19 :

« Il est généralement admis que le microbiote intestinal peut être influencé par une infection virale respiratoire conduisant au développement de la maladie par l’axe intestin-poumon et que des composés, tels que les endotoxines, les métabolites microbiens et / ou les cytokines, peuvent voyager dans la circulation sanguine via l’axe intestin-poumon.

Puis il décrit les perturbations de la flore intestinales qui ont été observées lors de la Covid-19 :

Plusieurs rapports récents confirment que la réplication du SRAS-CoV-2 dans l’intestin est associée à une modulation de la diversité des espèces bactériennes présentes dans le tractus gastro-intestinal, réduisant probablement la réponse immunitaire antivirale de l’hôte et aggravant les lésions pulmonaires observées au cours de ces infections.

Une étude menée par Gu et al. a indiqué que, par rapport aux témoins sains, le COVID-19 avait significativement réduit la diversité bactérienne et a retrouvé une plus grande abondance relative d’agents pathogènes opportunistes, tels que Streptococcus, Rothia, Veillonella et Actinomyces, qui peuvent aggraver l’inflammation ou être associés à une infection pulmonaire bactérienne secondaire.

Une autre enquête, a confirmé la dysbiose et a rapporté qu’une diminution de l’abondance de Faecalibacterium prausnitzii (généralement l’un des Firmicutes les plus abondants dans l’intestin) et une augmentation de l’abondance de Coprobacillus, Clostridium ramosum, Clostridium hathewayi, Actinomyces viscosus, Bacteroides nordii était corrélée avec la gravité du COVID-19.

De plus, l’abondance d’espèces bactériennes, telles que Bacteroides massiliensis, Bacteroides dorei, Bacteroides thetaiotaomicron et Bacteroides ovatus, était inversement associée à la charge fécale de SARS-CoV-2. Il convient de noter que toutes ces espèces sont connues pour être associées à une régulation négative de l’expression de l’ACE2 dans le côlon murin, ce qui suggère que ces espèces bactériennes pourraient être bénéfiques pour les patients en réduisant l’entrée du SRAS-CoV-2 dans les cellules cibles.

En revanche, la bactérie Erysipelotrichaceae de l’espèce Firmicutes a montré une corrélation positive avec la charge fécale du SRAS-CoV-2, suggérant que cette espèce bactérienne pourrait augmenter l’infection et la réplication intestinales du SRAS-CoV-2. La calprotectine fécale, un biomarqueur de la réponse inflammatoire dans l’intestin, a été trouvée élevée chez les patients atteints de COVID-19 souffrant de diarrhée…

Ces résultats soutiennent l’hypothèse selon laquelle l’infection par le SRAS-CoV-2 est associée à une production réduite d’agents antimicrobiens, à une diversité bactérienne réduite (par exemple, une perte de bactéries bénéfiques) et à une abondance relative plus élevée d’agents pathogènes opportunistes. Cette dysbiose peut être à l’origine de l’inflammation, des lésions tissulaires et de la perte de la barrière intestinale physique associée à une infection pulmonaire bactérienne secondaire. Ces modifications de la diversité du microbiote sont susceptibles d’augmenter le risque de COVID-19 sévère et de progression de la maladie. »

L’auteur détaille ensuite les études qui montrent le lien entre les intestins et le poumon dans d’autres maladies infectieuses que la Covid-19

« Un dysfonctionnement pulmonaire résultant d’une maladie inflammatoire de l’intestin a été signalé il y a plus de 40 ans. Depuis lors, de plus en plus de preuves soutiennent l’idée que l’altération des espèces microbiennes intestinales peut modifier l’état inflammatoire et la réponse immunitaire et, en fin de compte, influencer l’issue de la maladie dans les poumons.

Par exemple, dans l’infection par le virus de la grippe A, une modification de la composition du microbiote pulmonaire avec un enrichissement en streptocoques et une diminution de l’abondance en Pseudomonas a été signalée ainsi qu’un shift de Bacillus à Lactobacillus dans le microbiote pulmonaire avec une réduction concomitante de la diversité des espèces bactériennes pour le microbiote intestinal.

Dans un modèle murin, il a été observé que la réduction de la diversité du microbiote intestinal par les antibiotiques augmentait la sensibilité au virus de la grippe dans les poumons…

Dickson et coll. ont rapporté que les espèces associées à l’intestin étaient présentes en plus grande abondance dans les poumons des patients atteints du syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) que chez les témoins sains.

De même, l’enrichissement du microbiote pulmonaire avec des bactéries présentes dans le tractus gastro-intestinal est corrélé à l’apparition du syndrome de détresse respiratoire aiguë et à la gravité du COVID-19.

Dans le tissu pulmonaire des patients décédés atteints de COVID-19, les genres les plus répandus étaient Acinetobacter (80,7%), Chryseobacterium (2,7%) et Burkholderia (2,0%).

On peut également supposer que les modifications du microbiote pulmonaire peuvent signaler à l’intestin et pourraient contribuer ou amplifier l’inflammation systémique et les troubles gastro-intestinaux, comme cela a été observé pour d’autres infections virales. Par exemple, l’IFN induit par la grippe produit dans les poumons favorise l’épuisement des bactéries anaérobies obligatoires et l’enrichissement des entérobactéries dans le tractus gastro-intestinal et conduit à un environnement intestinal pro-inflammatoire. »

Avant de conclure

« On peut émettre l’hypothèse que dans le COVID-19, la dysbiose gastro-intestinale est la conséquence d’une cascade d’événements que l’on retrouve dans la plupart des processus pathologiques, à savoir une perte de diversité bactérienne, en particulier des bactéries « bénéfiques », une plus grande abondance de « bactéries nocives » associées à des lésions de l’épithélium. Cette dysbiose est suivie de l’induction d’une réponse pro-inflammatoire qui se traduit par un déplacement immunologique des cellules Treg vers les cellules Th1 et Th17.

Le maintien d’une réponse immunitaire équilibrée dans le COVID-19 semble être essentiel pour améliorer les résultats des patients. Par conséquent, afin de réduire les états pro-inflammatoires intestinaux chez les patients atteints de COVID-19, une stratégie pourrait être de promouvoir le butyrate (4 g de butyrate de sodium par jour), le L-tryptophane (4 mg / kg de poids corporel par jour) et la vitamine D3 (5 000– 10 000 UI par jour) à l’alimentation du patient en plus d’une antibiothérapie et de molécules anti-inflammatoires bien choisies. Des essais contrôlés doivent être menés pour évaluer cette stratégie thérapeutique. »

Alléluia !

Enfin une reconnaissance de l’intérêt des fibres et du butyrate dans la diminution de l’inflammation. J’ai moi-même proposée dès le mois de mars 2020 en écrivant au cabinet du ministre de la santé de tester lors des essais cliniques en cours à ce moment là, un complément alimentaire qui contient de la fibre d’acacia qui après fermentation se transforme en butyrate, a des effets anti-inflammatoires et favorise la réparation des jonctions serrées. Sans aucun retour évidemment… J’en ai aussi parlé dans le chapitre sur la Covid-19 dans mon livre en mai 2020 « Réinventons Notre immunité » sorti en novembre 2020.

Dans tous les cas que vous souffriez de conséquences d’un covid sévère ou d’un Covid long, il me parait primordial de prendre en charge votre écosystème intestinal soit par la correction de :

  • La dysbiose intestinale
  • La porosité intestinale
  • L’inflammation intestinale
  • La présence d’éventuelles allergies alimentaires
  • Et éventuellement l’ajout de certains compléments alimentaires, prébiotiques ou probiotiques si nécessaire.

Car une dérégulation de cet écosystème intestinal a été décrit dans de nombreux symptômes présent dans le Covid long que ce soit la fatigue, les insomnies, les douleurs articulaires et les démangeaisons, les migraines, les problèmes de concentration, l’anxiété et la dépression. Vous trouverez quelques pistes dans les articles suivants:

Six étapes pour réparer le syndrome de l’intestin poreux 

Un nouvel acteur de votre santé : l’axe intestin-immunité-cerveau

Introduction

Le syndrome ASIA, pour Autoimmune/Inflammatory Syndrome Induced by Adjuvants, désigne un ensemble de manifestations cliniques attribuées à une exposition à certaines substances capables de stimuler le système immunitaire, appelées adjuvants. Wikipédia

L’idée centrale est qu’un adjuvant peut, chez des personnes prédisposées, déclencher ou entretenir une réponse immunitaire anormale, avec des symptômes inflammatoires, auto-immuns ou dysautonomiques. Le concept a été proposé pour regrouper plusieurs tableaux cliniques partiellement similaires, notamment la myofasciite à macrophages, le syndrome de la guerre du Golfe, certaines réactions post-vaccinales et des manifestations liées aux implants en silicone.

Cependant, le syndrome ASIA reste un sujet sensible. D’un côté, plusieurs auteurs considèrent qu’il fournit un cadre utile pour décrire certains syndromes inflammatoires complexes liés à des expositions environnementales ou médicales. De l’autre, ses critères diagnostiques sont jugés insuffisamment validés et son statut nosologique reste discuté. Une revue publiée en 2024 souligne d’ailleurs l’expansion rapide des travaux sur ASIA, sans pour autant lever les incertitudes sur la causalité et l’hétérogénéité des cas rapportés.

Qu’est-ce que le syndrome ASIA ?

Le terme ASIA a été proposé en 2011 par Yehuda Shoenfeld et ses collaborateurs pour décrire un syndrome associant des symptômes communs apparaissant après exposition à un adjuvant immunologique. Pubmed

L’hypothèse repose sur l’idée que certaines substances, bien qu’utiles pour renforcer une réponse immunitaire, peuvent aussi agir comme déclencheurs d’une inflammation persistante chez des sujets vulnérables. Les adjuvants évoqués sont variés : sels d’aluminium, silicone, certains matériaux implantables, mais aussi des composés utilisés dans des dispositifs médicaux.

Dans la littérature, ASIA est généralement présenté comme un syndrome englobant plusieurs entités cliniques : la myofasciite à macrophages, le syndrome de la guerre du Golfe, la siliconose et certaines réactions post-vaccinales. L’objectif n’est pas de dire que ces maladies sont identiques, mais qu’elles pourraient partager des mécanismes immunologiques ou inflammatoires proches. C’est précisément cette proposition qui suscite l’intérêt scientifique, mais aussi une partie des controverses. Pour des vaccins sans aluminium

Quels adjuvants sont en cause ?

Les adjuvants sont des substances destinées à renforcer la réponse immunitaire. En vaccination, ils améliorent l’immunogénicité d’un antigène et permettent souvent une protection plus durable. Dans le cadre du syndrome ASIA, le débat porte sur le fait que certaines de ces substances pourraient, dans des conditions particulières, provoquer une activation immunitaire excessive ou prolongée.

Les substances les plus souvent évoquées sont les sels d’aluminium, certains biomatériaux, les implants en silicone et plus récemment d’autres dispositifs médicaux contenant des matériaux pro-inflammatoires. La revue publiée dans autoimmune Reviex en décembre 2024 cite aussi de nouveaux adjuvants ou matériaux suspectés dans des syndromes de type ASIA, notamment certaines prothèses, implants ou maillages utilisés en chirurgie. Pubmed.

Quels symptômes sont décrits ?

Les manifestations rapportées dans le syndrome ASIA sont très polymorphes. Elles incluent classiquement une fatigue chronique, des douleurs musculaires, des arthralgies, une faiblesse musculaire, des troubles du sommeil, des symptômes neurologiques, une sécheresse buccale, des troubles cognitifs et parfois une fièvre prolongée. Ces symptômes sont assez généraux, ce qui rend le diagnostic délicat et expose au risque de confusion avec d’autres maladies inflammatoires, endocriniennes, psychiatriques ou fonctionnelles.wikipedia

La revue de 2023 insiste également sur des éléments plus récents, comme la dysautonomie et la neuropathie des petites fibres, ainsi que des auto-anticorps atypiques dirigés contre des récepteurs couplés aux protéines G. Ces observations ont conduit les auteurs à proposer que ces anomalies pourraient faire partie du spectre ASIA chez certains patients.cris.maastrichtuniversity

Quels mécanismes sont proposés ?

Sur le plan mécanistique, ASIA repose sur une hypothèse d’activation immunitaire inappropriée. L’adjuvant pourrait activer l’immunité innée, favoriser une production prolongée de cytokines inflammatoires, entretenir le recrutement de macrophages et amplifier la réponse adaptative. Chez les individus prédisposés, cette stimulation pourrait favoriser la perte de tolérance au soi et l’apparition de phénomènes auto-immuns.

Les auteurs évoquent aussi des mécanismes de persistance locale du matériel implanté, d’inflammation chronique de faible intensité et de réponse tissulaire prolongée. Dans le cas des implants mammaires en silicone, des études récentes montrent une activation immunitaire locale mesurable, même lorsque l’implant paraît intact, avec des signatures génétiques évoquant des voies associées à des maladies auto-immunes. Les implants en Silicone induisent une réponse immunitaire et inflammatoire au contact de la prothèse même quand celle-ci ne fuit pas. Science Direct

symptômes et mécanismes ASIA

Que disent les publications récentes ?

La revue publiée en 2023 propose une mise à jour du concept ASIA et suggère que le champ de recherche doit s’élargir à de nouveaux adjuvants, à de nouvelles formes cliniques et à des marqueurs biologiques plus précis. Elle souligne aussi que la dysautonomie, les auto-anticorps non classiques et la neuropathie des petites fibres pourraient enrichir les critères de définition du syndrome.cris.maastrichtuniversity

L’analyse bibliométrique publiée fin 2024 montre que les publications sur ASIA augmentent nettement, avec des collaborations internationales en croissance et un intérêt marqué pour les mécanismes immunologiques impliqués. Cette dynamique scientifique témoigne d’un vrai sujet de recherche, mais elle ne résout pas la question centrale : celle de la validité clinique et nosologique du syndrome en tant qu’entité indépendante.pubmed.ncbi.nlm.nih

Quelle est la place des vaccins ?

C’est probablement l’un des points les plus sensibles. Le concept ASIA a été utilisé dans certains travaux pour discuter de réactions post-vaccinales, notamment après les vaccins contenant des adjuvants. Mais il faut être très prudent : le fait qu’un symptôme apparaisse après une vaccination ne prouve pas automatiquement un lien causal. Les revues récentes insistent davantage sur l’hypothèse d’une susceptibilité individuelle que sur une causalité générale applicable à tous les vaccinés.

Il est également important de distinguer le débat scientifique sur ASIA de l’évaluation globale du rapport bénéfice-risque des vaccins. Les vaccins restent des outils majeurs de santé publique, et le concept ASIA ne remet pas en cause leur utilité générale. Il tente plutôt de décrire un petit sous-groupe de situations cliniques potentiellement liées à une réponse immunitaire excessive chez certains patients.

Le cas des implants en silicone

Les implants en silicone sont très souvent cités dans les discussions sur ASIA. Les données récentes suggèrent qu’ils peuvent induire une activation locale du système immunitaire, avec inflammation chronique et expression de gènes associés à des voies auto-immunes. Une étude de 2025 rapporte, dans les tissus péri-prothétiques, une réponse immunogène et l’expression de marqueurs liés à plusieurs maladies auto-immunes, surtout lorsque l’exposition au silicone est importante ou que l’implant est rompu. Science Direct

Une émission a été réalisé sur le sujet des implants en silicone et des implants en général par la chaine suisse RTS.

Cela ne signifie pas pour autant qu’un implant provoque systématiquement une maladie auto-immune. L’enjeu est d’identifier les patients qui développent une réaction excessive et de comprendre pourquoi certains individus tolèrent parfaitement ces matériaux alors que d’autres développent des symptômes. ANSM

Pourquoi le sujet reste controversé ?

Le principal problème du syndrome ASIA est le manque de critères diagnostiques totalement validés et de biomarqueurs spécifiques. Beaucoup de symptômes décrits sont non spécifiques et peuvent être retrouvés dans de nombreuses maladies. Cela rend la preuve d’un lien causal difficile, surtout quand les études sont de petite taille, rétrospectives ou basées sur des séries de cas.

En pratique, une partie de la communauté médicale considère ASIA comme un concept utile pour stimuler la recherche, tandis qu’une autre reste prudente et préfère parler de réactions inflammatoires ou auto-immunes associées à certains adjuvants sans reconnaître un syndrome unifié. La position la plus rigoureuse consiste donc à admettre qu’il existe un signal clinique et expérimental, mais que ce signal ne suffit pas encore à faire du syndrome ASIA un diagnostic largement consensuel.

Conclusion

La maladie auto-immune/inflammatoire induite par les adjuvants, ou syndrome ASIA, est un concept intéressant qui tente de relier certaines réactions inflammatoires ou auto-immunes à l’exposition à des substances adjuvantes. Les publications de 2023 et 2024 montrent que la recherche progresse, notamment autour des mécanismes immunologiques, des nouveaux matériaux impliqués et de possibles biomarqueurs comme la dysautonomie ou les auto-anticorps atypiques.

Mais il faut rester prudent. Les preuves restent incomplètes, les critères diagnostiques sont discutés, et la plupart des symptômes décrits ne sont pas spécifiques. Aujourd’hui, ASIA doit être considéré comme un cadre de réflexion utile pour la recherche et l’évaluation clinique de certains patients, plutôt que comme une entité diagnostique définitivement établie.

Points clés à retenir

  • ASIA signifie Autoimmune/Inflammatory Syndrome Induced by Adjuvants.
  • Le concept regroupe plusieurs tableaux cliniques supposément déclenchés par des adjuvants comme l’aluminium, le silicone ou certains matériaux implantables.
  • Les symptômes sont surtout la fatigue, les douleurs musculaires et articulaires, les troubles du sommeil, les manifestations neurologiques et la dysautonomie.
  • Les mécanismes proposés reposent sur une activation immunitaire innée et adaptative, avec perte de tolérance et inflammation persistante.
  • Des données récentes montrent une activation immunitaire locale autour des implants en silicone, mais sans preuve d’un syndrome unique et universel.
  • Le syndrome ASIA reste controversé et n’est pas un diagnostic unanimement reconnu.

Pour en savoir plus sur les méthodes anti-inflammatoires, je vous invite à lire les livres numériques suivants :

alimentation anti-inflammatoire
Prenez soin de vous en stimulant votre nerf vague
Les infections des voies respiratoires : grippe, rhume, coronavirus. Comment renforcer votre immunité ?

Sources

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A propos de l’auteur

Karine Bernard, phD

Naturopathe, formatrice, conférencière et docteur en sciences (spécialité immunologie), je suis la fondatrice de la méthode ISIS “Solutions en immunomodulation intégrative et systémique”. Je suis également à l’origine du site  immunonaturo.com, un blog dédié à la santé et au bien-être qui fait la part belle à votre système immunitaire.