Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’infertilité est définie comme l’incapacité de concevoir malgré au moins 12 mois de rapports sexuels réguliers non protégés. L’infertilité, touche 1 couple sur 8 soit environ 48 millions de couples dans le monde. L’étiologie de ce trouble peut être liée à des facteurs masculins, féminins, combinés ou idiopathiques. Dans 10 à 25% des couples, aucune origine n’est retrouvée après un examen clinique des deux partenaires, un bilan hormonal de la femme, l’évaluation de la perméabilité́ de ses trompes (les conduits qui relient chaque ovaire à l’utérus ne sont pas obstrués) et un spermogramme de son partenaire. De nombreuses études montrent aujourd’hui qu’un déséquilibre du système immunitaire pourrait expliquer ces cas d’infertilité idiopathique et ce qui est encore plus encourageant c’est que dans certaines de ces études une modulation de l’immunité a permis d’augmenter le taux de grossesse à terme.
L’immunité de la mère change pendant la grossesse pour pouvoir tolérer le fœtus qui est un corps étranger.
Pendant la grossesse, le fœtus qui se développe dans l’utérus maternel n’est pas rejeté par le système immunitaire maternel. Pour permettre à la fois la tolérance vis-à-vis du fœtus et la défense contre les agents pathogènes, des modifications du système immunitaire maternel interviennent au cours de la gestation. Il est généralement admis, qu’un microenvironnement pro-inflammatoire est crucial pour une implantation et une parturition normale, tandis qu’un environnement tolérogène est induit au cours de la grossesse pour permettre une placentation et une croissance fœtale normales.
La tolérance immunitaire pendant la grossesse est plus prononcée à l’interface fœto-maternelle, mais certaines observations montrent aussi un effet systémique, c’est-à-dire un déséquilibre de l’immunité dans le sang périphérique qui peut être observée par une simple prise de sang. En effet, les observations épidémiologiques montrent que l’immunité systémique maternelle est perturbée pendant la grossesse (lien vers l’article). Un risque accru de maladie grave est signalé pendant la grossesse pour certaines infections comme la listériose, le paludisme, la varicelle et les infections grippales. Une diminution des réponses anticorps à la vaccination antigrippale sont observées chez les femmes enceintes. D’autre part, la grossesse favorise l’amélioration ou l’aggravation de certaines maladies autoimmunes en rééquilibrant les influences pro-inflammatoires et anti-inflammatoires. Des troubles auto-immuns, tels que la polyarthrite rhumatoïde et la sclérose en plaques, peuvent régresser pendant la grossesse, tandis que les symptômes du lupus érythémateux disséminé et de la myasthénie grave peuvent s’aggraver.
Les échecs récurrents d’implantation lors du parcours de PMA peuvent être lié à un déséquilibre de l’immunité
Pour les couples infertiles, c’est souvent la procréation médicalement assistée (PMA) qui est proposée. La PMA est l’ensemble des pratiques médicales cliniques et biologiques permettant la conception in vitro, la conservation des gamètes, des embryons, le transfert d’embryons et l’insémination artificielle. C’est un processus long, souvent désagréable et douloureux surtout pour les femmes qui doivent se piquer avec des doses importantes d’hormones pour obtenir plusieurs ovulations sur un même cycle. Psychologiquement, chaque tentative est associée à l’attente et souvent à la déception de l’échec d’autant plus que l’échec récurrent d’implantation (RIF) est une affection affectant 10 à 15 % des couples en parcours de fécondation in vitro (FIV). Les données suggèrent que la dysrégulation fonctionnelle du système immunitaire constitue l’un des principaux mécanismes physiopathologiques conduisant aux échecs récurrents d’implantation, ainsi qu’aux complications de la grossesse comme les fausses couches à répétition.
L’immunité maternelle au cours de la période d’implantation
La capacité du système immunitaire à maintenir l’intégrité de l’individu nécessite la reconnaissance et le contrôle d’entités identifiées comme génétiquement distinctes, ou « non-soi ». Dans la reproduction des mammifères, l’embryon, le fœtus et le placenta qui en découlent sont tous reconnus comme non-soi par le système immunitaire maternel et sont vulnérables aux attaques immunologiques. Un système actif pour prévenir le rejet doit exister à partir du moment où les tissus du conceptus et de la mère entrent en contact pour la première fois lors de l’implantation. Le conceptus est un terme qui désigne à la fois l’embryon, la partie embryonnaire du placenta et ses membranes associées : amnios, chorion (sac gestationnel) et sac vitellin.
Le rôle des Lymphocytes T régulateurs dans la tolérance de l’embryon et du fœtus
Au cours de la dernière décennie, un mécanisme intégré, reconnaissant à la fois les systèmes immunitaires inné et adaptatif, a été décrit pour expliquer la tolérance immunitaire maternelle nécessaire pour éviter le rejet du conceptus (lien vers l’article). Il est établi qu’au cours de l’implantation, une immunosuppression active est nécessaire pour empêcher une réponse immunitaire contre l’embryon en développement. Dans ce contexte, Les médiateurs cruciaux de la protection immunitaire sont les lymphocytes T régulateurs (Treg). Les Treg jouent un rôle central en réprimant les cellules immunitaires pro-inflammatoire (lymphocytes T cytotoxiques, lymphocytes Th1 et TH17, les macrophages, les cellules dendritiques et les cellules NK) conduisant à la quiescence immunitaire (lien vers l’article). Lors de la grossesse, on observe une expansion des lymphocytes T régulateurs, qui favorisent la tolérance vis-à-vis du conceptus (lien vers l’article). À moins que suffisamment de Treg ne soient présents dans l’endomètre, une implantation réussie et une progression vers la grossesse ne peuvent pas s’ensuivre. De plus, l’incapacité à établir avec succès une tolérance immunitaire par les Treg peut entraîner une faible fertilité ou avoir des conséquences néfastes à long terme pour le fœtus et la progéniture. Par conséquent, une relation symbiotique immunitaire maternelle et fœtale est créée pour permettre un environnement propice à la croissance et au développement du fœtus.
La période de péri conception, lorsque l’embryon se forme et l’implantation se produit, est une phase cruciale pour établir une grossesse durable. En fixant la trajectoire de la gestation, les événements à ce stade précoce influencent la progression de la grossesse et la santé de la progéniture. Le développement de la caduque, l’adhésion au trophoblaste, et la formation du placenta sont des processus vitaux pour l’implantation de l’embryon. Ce processus se déroule dans l’endomètre du 19e au 23e jour du cycle menstruel. Les perturbations du développement embryonnaire préimplantatoire et/ou de la réceptivité endométriale sont les principales causes de sous-fertilité et ont également un impact sur le développement placentaire et la croissance fœtale, ce qui a des implications sur le phénotype de la progéniture et sa capacité à résister aux problèmes de santé plus tard dans la vie. Les principaux régulateurs de ces événements péri conceptionnels sont les cytokines du tractus maternel et les cellules immunitaires (lien vers l’article).
Approches thérapeutiques pour moduler l’immunité des femmes en désir de grossesse.
La modulation de l’immunité des lymphocytes T chez les femmes atteintes d’échecs récurrents d’implantation a été un sujet majeur ces dernières années dans le domaine de l’immunologie clinique de la reproduction. Différents outils pouvant moduler le système immunitaire tels que certains traitements allopathiques (corticostéroïdes, hydroxychloroquine, des inhibiteurs de l’activation des lymphocytes T, des inhibiteurs de cytokines, des cytokines recombinantes et les immunoglobulines G, en intraveineuse (IgIV)) ainsi que certains compléments alimentaires (nutriments essentiels, vitamines et minéraux) ont fait l’objet de nombreuses recherches et de nombreux essais.
Les traitements allopathiques
Concernant les traitements allopathiques, dans les études cliniques, il a été rapporté que les immunoglobulines en intraveineuse (IgIV) (lien vers l’article), la prednisone, les anti-TNF tels que l’étanercept et l’adalimumab, le tacrolimus et la rapamycine (le sirolimus), un inhibiteur de mTOR, équilibrent l’immunité Th1/Th2 et/ou Th17/Treg dans les problèmes d’infertilité ou de fausses couches à répétition.
L’hydroxychloroquine
Des anomalies immunitaires cellulaires telles que le déséquilibre entre les cytokines T-helper (Th) 1 et Th2 ont été impliquées comme causes potentiellement modifiables d’échecs d’implantation répétés idiopathiques (RIF). L’administration d’hydroxychloroquine chez les femmes atteintes d’échec d’implantation récurrent avec un rapport TNF-α/IL-10 élevé pendant la fenêtre d’implantation peut diminuer ce rapport et semble être une stratégie thérapeutique efficace dans les échecs d’implantation récurrents causés par des anomalies immunitaires du rapport TH1/TH2 (lien vers l’article).
La rapamycine
La rapamycine (sirolimus) est un inhibiteur de mTOR, qui agit comme un médicament immunosuppresseur en favorisant sélectivement l’expansion des Treg et en induisant la différenciation des cellules T auxiliaires en Treg. Royster et al. ont établi un modèle murin avec knockdown conditionnel des Treg induit par la toxine diphtérique. Dans ce modèle, ils ont découvert que la suppression des Treg diminuait la taille des portées et déclenchait un échec d’implantation d’embryons, effets qui se sont inversés après le traitement à la rapamycine (lien vers l’article).
Un essai clinique randomisé multicentrique, en double aveugle, de phase II a administré 2 mg/jour de sirolimus pendant 2 jours avant le transfert d’embryons à des patientes recevant un traitement par FIV-ET et qui avaient des antécédents d’échec d’implantation récurrent (lien vers l’article). L’étude a recueilli des échantillons de sang et évalué le rapport des cellules Th17/Treg par cytométrie en flux 5 à 10 jours avant le début d’un cycle de FIV. Seules les patientes présentant un ratio élevé de cellules Th17/Treg ont été inclus dans cet essai. L’essai a rapporté que l’administration de sirolimus a inversé le déséquilibre dans le rapport des cellules Th17/Treg et a augmenté de manière significative le taux de grossesse par rapport à ceux du groupe témoin.
Les traitements et compléments alimentaires
Les compléments alimentaires (vitamines, rapalogs, polyphénols, flavonoïdes, sels biliaires) et les traitements d’hygiène de vie (perte de poids, alimentation cétogène ou à index glycémique bas) ont aussi fait l’objet d’études pour moduler l’immunité systémique ou agir sur l’infertilité, le syndrome des ovaires polykystiques et les fausses couches. Ces traitements sont intéressants pour la gestion des problèmes d’infertilité puisqu’ils sont en général dénués d’effets secondaires mais il est quand même préférable de se faire accompagner par un(e) médecin nutritionniste ou un(e) naturopathe compétent.
Les Rapalogs
Les rapalogs sont les inhibiteurs naturels de mTOR. Ils sont présents dans de nombreux aliments et certaines plantes. Ils incluent :
- La fisétine présente dans les fraises et les mangues
- L’isoliquiritigènine que l’on trouve dans la réglisse
- L’ECGC ou épigallo-catéchine-gallate, un extrait de thé vert
- La curcumine présente dans la racine du curcuma
- Le resvératrol présent dans le vin rouge et les cacahuètes
- La quercétine présente dans les oignons, les pommes
- La whitaferin A un principe actif de l’ashwagandha (ginseng indien)
- L’acide ursolique présent dans le jus de canneberges, la peau de raisin, de pomme, les pruneaux, le romarin, le thym, l’origan, la lavande, la réglisse et la sauge
- La baicaline et la baicaléine, un flavonoïde que l’on trouve dans la scutellaire du lac Baïkal
La vitamine D
La carence en vitamine D est courante chez les femmes atteintes de fausses couches à répétition. Elle concerne presque la moitié d’entre elles (47,4 %). La supplémentation en vitamine D chez ces femmes diminue de manière significative le rapport Th17/Treg par rapport à celui des témoins. Le traitement à la vitamine D est intéressant pour la gestion des fausses couches à répétition et des échecs d’implantation récurrent puisqu’il s’agit d’une vitamine et que l’innocuité pour la grossesse est documentée avec un minimum d’effets secondaires (lien vers l’article).
D’autres compléments alimentaires peuvent être utilisés pour moduler l’immunité systémique mais pour choisir le bon complément adapter à votre situation, il est préférable de faire un typage lymphocytaire complet qui analyse différentes populations sanguines de l’immunité innée et adaptative et notamment les populations TH1, TH17, Treg et TH2 dont les déséquilibres peuvent perturber l’implantation fœtale ou le bon déroulement de la grossesse. En fonction des déséquilibres, une approche personnalisée pourra être mise en place.
Les points clés
- Un grand nombre de publications scientifiques accumulées au fil des ans démontrent une adaptation immunologique systémique significative pendant la grossesse.
- L’immunologie systémique, c’est à dire l’étude des populations immunitaires dans le sang, couplée à des résultats cliniques détaillés, permet de comprendre les déséquilibres immunitaires responsables d’infertilité, d’échec récurrent d’implantation ou de fausses couches à répétition et d’éventuellement corriger ces déséquilibres.
- La tolérance immunitaire pendant la grossesse est essentielle à une bonne implantation et une grossesse à terme
- La tolérance est médiée par les lymphocytes T régulateurs
- Pour connaitre son statut en lymphocytes T régulateurs, il est nécessaire de faire un typage lymphocytaire
Les analyses biologiques fonctionnelles et nutritionnelles en cas de problème de conception
Hormis les analyses prescrites par votre médecin ou votre centre PMA, vous pouvez réaliser d’autres analyses de biologie fonctionnelle et nutritionnelle auprès de laboratoires d’analyses biologiques spécialisés dans ce domaine.
Par exemple, le laboratoire LIMS-MBnext vous proposent plusieurs BIP (Bilan d’Investigation Préventive) pour améliorer votre fertilité dont le typage lymphocytaire.
Le BIP typage lymphocytaire pour analyser l’équilibre du système immunitaire et déterminer si certaines populations lymphocytaires ne sont pas en dessous ou au dessus des valeurs santé. Si c’est le cas, cela pourrait favoriser les difficultés d’implantation de l’ovocyte après fécondation naturelle, insémination artificielle ou FIV. Cela pourrait aussi favoriser les complications durant la grossesse comme les avortements spontanés du premier trimestre ou l’éclampsie.
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Introduction
Le syndrome ASIA, pour Autoimmune/Inflammatory Syndrome Induced by Adjuvants, désigne un ensemble de manifestations cliniques attribuées à une exposition à certaines substances capables de stimuler le système immunitaire, appelées adjuvants. Wikipédia
L’idée centrale est qu’un adjuvant peut, chez des personnes prédisposées, déclencher ou entretenir une réponse immunitaire anormale, avec des symptômes inflammatoires, auto-immuns ou dysautonomiques. Le concept a été proposé pour regrouper plusieurs tableaux cliniques partiellement similaires, notamment la myofasciite à macrophages, le syndrome de la guerre du Golfe, certaines réactions post-vaccinales et des manifestations liées aux implants en silicone.
Cependant, le syndrome ASIA reste un sujet sensible. D’un côté, plusieurs auteurs considèrent qu’il fournit un cadre utile pour décrire certains syndromes inflammatoires complexes liés à des expositions environnementales ou médicales. De l’autre, ses critères diagnostiques sont jugés insuffisamment validés et son statut nosologique reste discuté. Une revue publiée en 2024 souligne d’ailleurs l’expansion rapide des travaux sur ASIA, sans pour autant lever les incertitudes sur la causalité et l’hétérogénéité des cas rapportés.
Qu’est-ce que le syndrome ASIA ?
Le terme ASIA a été proposé en 2011 par Yehuda Shoenfeld et ses collaborateurs pour décrire un syndrome associant des symptômes communs apparaissant après exposition à un adjuvant immunologique. Pubmed
L’hypothèse repose sur l’idée que certaines substances, bien qu’utiles pour renforcer une réponse immunitaire, peuvent aussi agir comme déclencheurs d’une inflammation persistante chez des sujets vulnérables. Les adjuvants évoqués sont variés : sels d’aluminium, silicone, certains matériaux implantables, mais aussi des composés utilisés dans des dispositifs médicaux.
Dans la littérature, ASIA est généralement présenté comme un syndrome englobant plusieurs entités cliniques : la myofasciite à macrophages, le syndrome de la guerre du Golfe, la siliconose et certaines réactions post-vaccinales. L’objectif n’est pas de dire que ces maladies sont identiques, mais qu’elles pourraient partager des mécanismes immunologiques ou inflammatoires proches. C’est précisément cette proposition qui suscite l’intérêt scientifique, mais aussi une partie des controverses. Pour des vaccins sans aluminium
Quels adjuvants sont en cause ?
Les adjuvants sont des substances destinées à renforcer la réponse immunitaire. En vaccination, ils améliorent l’immunogénicité d’un antigène et permettent souvent une protection plus durable. Dans le cadre du syndrome ASIA, le débat porte sur le fait que certaines de ces substances pourraient, dans des conditions particulières, provoquer une activation immunitaire excessive ou prolongée.
Les substances les plus souvent évoquées sont les sels d’aluminium, certains biomatériaux, les implants en silicone et plus récemment d’autres dispositifs médicaux contenant des matériaux pro-inflammatoires. La revue publiée dans autoimmune Reviex en décembre 2024 cite aussi de nouveaux adjuvants ou matériaux suspectés dans des syndromes de type ASIA, notamment certaines prothèses, implants ou maillages utilisés en chirurgie. Pubmed.
Quels symptômes sont décrits ?
Les manifestations rapportées dans le syndrome ASIA sont très polymorphes. Elles incluent classiquement une fatigue chronique, des douleurs musculaires, des arthralgies, une faiblesse musculaire, des troubles du sommeil, des symptômes neurologiques, une sécheresse buccale, des troubles cognitifs et parfois une fièvre prolongée. Ces symptômes sont assez généraux, ce qui rend le diagnostic délicat et expose au risque de confusion avec d’autres maladies inflammatoires, endocriniennes, psychiatriques ou fonctionnelles.wikipedia
La revue de 2023 insiste également sur des éléments plus récents, comme la dysautonomie et la neuropathie des petites fibres, ainsi que des auto-anticorps atypiques dirigés contre des récepteurs couplés aux protéines G. Ces observations ont conduit les auteurs à proposer que ces anomalies pourraient faire partie du spectre ASIA chez certains patients.cris.maastrichtuniversity
Quels mécanismes sont proposés ?
Sur le plan mécanistique, ASIA repose sur une hypothèse d’activation immunitaire inappropriée. L’adjuvant pourrait activer l’immunité innée, favoriser une production prolongée de cytokines inflammatoires, entretenir le recrutement de macrophages et amplifier la réponse adaptative. Chez les individus prédisposés, cette stimulation pourrait favoriser la perte de tolérance au soi et l’apparition de phénomènes auto-immuns.
Les auteurs évoquent aussi des mécanismes de persistance locale du matériel implanté, d’inflammation chronique de faible intensité et de réponse tissulaire prolongée. Dans le cas des implants mammaires en silicone, des études récentes montrent une activation immunitaire locale mesurable, même lorsque l’implant paraît intact, avec des signatures génétiques évoquant des voies associées à des maladies auto-immunes. Les implants en Silicone induisent une réponse immunitaire et inflammatoire au contact de la prothèse même quand celle-ci ne fuit pas. Science Direct

Que disent les publications récentes ?
La revue publiée en 2023 propose une mise à jour du concept ASIA et suggère que le champ de recherche doit s’élargir à de nouveaux adjuvants, à de nouvelles formes cliniques et à des marqueurs biologiques plus précis. Elle souligne aussi que la dysautonomie, les auto-anticorps non classiques et la neuropathie des petites fibres pourraient enrichir les critères de définition du syndrome.cris.maastrichtuniversity
L’analyse bibliométrique publiée fin 2024 montre que les publications sur ASIA augmentent nettement, avec des collaborations internationales en croissance et un intérêt marqué pour les mécanismes immunologiques impliqués. Cette dynamique scientifique témoigne d’un vrai sujet de recherche, mais elle ne résout pas la question centrale : celle de la validité clinique et nosologique du syndrome en tant qu’entité indépendante.pubmed.ncbi.nlm.nih
Quelle est la place des vaccins ?
C’est probablement l’un des points les plus sensibles. Le concept ASIA a été utilisé dans certains travaux pour discuter de réactions post-vaccinales, notamment après les vaccins contenant des adjuvants. Mais il faut être très prudent : le fait qu’un symptôme apparaisse après une vaccination ne prouve pas automatiquement un lien causal. Les revues récentes insistent davantage sur l’hypothèse d’une susceptibilité individuelle que sur une causalité générale applicable à tous les vaccinés.
Il est également important de distinguer le débat scientifique sur ASIA de l’évaluation globale du rapport bénéfice-risque des vaccins. Les vaccins restent des outils majeurs de santé publique, et le concept ASIA ne remet pas en cause leur utilité générale. Il tente plutôt de décrire un petit sous-groupe de situations cliniques potentiellement liées à une réponse immunitaire excessive chez certains patients.
Le cas des implants en silicone
Les implants en silicone sont très souvent cités dans les discussions sur ASIA. Les données récentes suggèrent qu’ils peuvent induire une activation locale du système immunitaire, avec inflammation chronique et expression de gènes associés à des voies auto-immunes. Une étude de 2025 rapporte, dans les tissus péri-prothétiques, une réponse immunogène et l’expression de marqueurs liés à plusieurs maladies auto-immunes, surtout lorsque l’exposition au silicone est importante ou que l’implant est rompu. Science Direct
Une émission a été réalisé sur le sujet des implants en silicone et des implants en général par la chaine suisse RTS.
Cela ne signifie pas pour autant qu’un implant provoque systématiquement une maladie auto-immune. L’enjeu est d’identifier les patients qui développent une réaction excessive et de comprendre pourquoi certains individus tolèrent parfaitement ces matériaux alors que d’autres développent des symptômes. ANSM
Pourquoi le sujet reste controversé ?
Le principal problème du syndrome ASIA est le manque de critères diagnostiques totalement validés et de biomarqueurs spécifiques. Beaucoup de symptômes décrits sont non spécifiques et peuvent être retrouvés dans de nombreuses maladies. Cela rend la preuve d’un lien causal difficile, surtout quand les études sont de petite taille, rétrospectives ou basées sur des séries de cas.
En pratique, une partie de la communauté médicale considère ASIA comme un concept utile pour stimuler la recherche, tandis qu’une autre reste prudente et préfère parler de réactions inflammatoires ou auto-immunes associées à certains adjuvants sans reconnaître un syndrome unifié. La position la plus rigoureuse consiste donc à admettre qu’il existe un signal clinique et expérimental, mais que ce signal ne suffit pas encore à faire du syndrome ASIA un diagnostic largement consensuel.
Conclusion
La maladie auto-immune/inflammatoire induite par les adjuvants, ou syndrome ASIA, est un concept intéressant qui tente de relier certaines réactions inflammatoires ou auto-immunes à l’exposition à des substances adjuvantes. Les publications de 2023 et 2024 montrent que la recherche progresse, notamment autour des mécanismes immunologiques, des nouveaux matériaux impliqués et de possibles biomarqueurs comme la dysautonomie ou les auto-anticorps atypiques.
Mais il faut rester prudent. Les preuves restent incomplètes, les critères diagnostiques sont discutés, et la plupart des symptômes décrits ne sont pas spécifiques. Aujourd’hui, ASIA doit être considéré comme un cadre de réflexion utile pour la recherche et l’évaluation clinique de certains patients, plutôt que comme une entité diagnostique définitivement établie.
Points clés à retenir
- ASIA signifie Autoimmune/Inflammatory Syndrome Induced by Adjuvants.
- Le concept regroupe plusieurs tableaux cliniques supposément déclenchés par des adjuvants comme l’aluminium, le silicone ou certains matériaux implantables.
- Les symptômes sont surtout la fatigue, les douleurs musculaires et articulaires, les troubles du sommeil, les manifestations neurologiques et la dysautonomie.
- Les mécanismes proposés reposent sur une activation immunitaire innée et adaptative, avec perte de tolérance et inflammation persistante.
- Des données récentes montrent une activation immunitaire locale autour des implants en silicone, mais sans preuve d’un syndrome unique et universel.
- Le syndrome ASIA reste controversé et n’est pas un diagnostic unanimement reconnu.
Si vous voulez en savoir plus sur les méthodes naturelles pour renforcer votre immunité et votre terrain immunitaire, je vous invite à lire
A propos de l’auteur
Karine Bernard, phD
Naturopathe, formatrice, conférencière et docteur en sciences (spécialité immunologie), je suis la fondatrice de la méthode ISIS “Solutions en immunomodulation intégrative et systémique”. Je suis également à l’origine du site immunonaturo.com, un blog dédié à la santé et au bien-être qui fait la part belle à votre système immunitaire.
